Les icônes de l’église

L’église Sainte-Croix de La Futaie à Watermael-Boitsfort présente un bel ensemble d’icônes, en provenance pour la plupart du monde grec, Mont Athos et Crète, et peintes dans le dernier quart du 20è siècle.

Dans le chœur, quatre anges aux vêtements sombres portent les instruments de la Passion: les clous, l’éponge, la couronne d’épines, la lance; associés à la Crucifixion, ils sont la prière du monde qui souffre. Quatre anges aux vêtements blancs portent les objets de la célébration eucharistique : le pain, le Livre, le calice, l’encensoir; ils font le lien avec l’autel et rendent grâce.

Au sommet de ce groupe se trouve une icône du Christ Pantocrator, Tout-Puissant, qui enseigne. Il tient le livre de la Parole et, de la main droite, fait le geste de la bénédiction.


De part et d’autre de la grande Croix Glorieuse, la Mère de Dieu et saint Jean Baptiste (le Précurseur), les mains levées en prière vers le Christ, intercèdent auprès de lui pour le monde. Sur le mur du fond, chacun des quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean porte un livre, signe des écrits dont ils sont les auteurs et de la Parole proclamée à l’autel lors des célébrations.

Sur le mur à droite du chœur, un autre groupe d’icônes est composé des apôtres – hormis les quatre évangélistes, cités ci-dessus.

Disciples du Christ et envoyés dans le monde, comme l’exprime le mot grec apostolos, chacun d’eux tient en main le livre ou le rouleau des Écritures, le message qu’il a reçu et qu’il va enseigner aux nations :

Pierre, Thomas, Philippe, Mathias, Jude, Simon le Zélote, Jacques fils d’Alphée, Jacques fils de Zébédée, André, Barthélémy, Paul.

Ils sont identifiables à l’un ou l’autre attribut qui les caractérise. Ainsi Pierre a-t-il des clefs en main, Paul une maquette de l’Église. Seuls les deux plus jeunes, Philippe et Thomas, sont imberbes.

Leur attitude est celle de personnes qui se mettent en marche, les pieds chaussés de sandales, en route vers la mission qui leur est confiée.
Leurs vêtements sont soignés, lumineux.

 

 

À l’extrémité, proche du chœur, une icône provenant du monastère de Chevetogne (B) représente Jean Baptiste en buste, porteur d’un rouleau reprenant ses paroles lorsque Jésus vint se faire baptiser dans le Jourdain : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. De la main droite il désigne le corps du Christ dans une coupe ou calice.

Dans la chapelle latérale, un mur est occupé par quatre
grandes icônes : la Trinité de l’Ancien Testament ou Hospitalité d’Abraham, peinte sur le modèle de la célèbre icône de Roublev; la Déisis c’est-à-dire la Mère de Dieu et saint Jean Baptiste entourant le Christ en gloire. Deux icônes de scènes liées à la dédicace de cette église occupent une place particulière : la Découverte de la Croix du Christ à Jérusalem, par l’empereur Constantin et sa mère Hélène et l’Exaltation de la Croix par l’évêque Cyrille, événements qui se sont déroulés au IVe siècle. Viennent ensuite les icônes des grandes fêtes de l’année liturgique : l’Annonciation, la Nativité, la Présentation de Jésus au Temple, le Baptême du Christ, la Transfiguration, la Résurrection de Lazare, l’Entrée du Christ à Jérusalem, la Dernière Cène, la Crucifixion, la Résurrection-Descente aux Enfers, l’Ascension, la Pentecôte.


Sur le mur à gauche du chœur, une série de vingt icônes crétoises, de petite dimension, représente les prophètes de l’Ancien Testament : Abdias, Aggée, Amos, Daniel, David, Élie, Ézéchiel, Habacuc, Isaïe, Jérémie, Joël, Jonas, Malachie, Michée, Moïse, Nahum, Osée, Salomon, Sophonie, Zacharie. Ils sont rangés dans l’ordre où ils apparaissent dans la Bible. Chacun tient un rouleau où est inscrit un verset de ses prophéties. Certains – Aggée, Daniel – sont coiffés d’un petit chapeau rouge, parfois interprété comme étant le symbole des messages divins qui les couvrirent. Les rois David et Salomon sont couronnés.


Sous le jubé, une icône reproduit une fresque du monastère de Stavronikita – la Croix Glorieuse –  au Mont Athos. Elle représente la Mère de Dieu kyriotissa, assise sur un trône majestueux, qui présente l’enfant Jésus sur ses genoux. Deux anges, grandes ailes déployées et bâton de voyageur en main, la vénèrent respectueusement.

Le sens de l’icône:

Ainsi tout un enseignement nous est donné par ce parcours dans l’Ancien et le Nouveau Testament, une histoire du salut que Dieu propose à l’humanité, lui qui est bon et ami des hommes, comme il est dit dans la liturgie de rite oriental.

L’icône n’est pas seulement une œuvre d’art, encore moins un élément de décoration. Elle joue le même rôle que l’Écriture, elle est  la Parole en image, une théologie de la beauté. Elle est le signe visible de l’invisible, présence par laquelle le Dieu-homme se rapproche de l’humanité pour lui rappeler que son destin est de rejoindre sa nature divine.

On peut remarquer sur les icônes de l’église Sainte-Croix de La Futaie quelques-unes des règles observées par le peintre d’icônes :
La lumière ne vient pas de l’extérieur, comme d’un projecteur ou du soleil. Elle vient de la vie intérieure du personnage. L’icône tente de peindre les énergies divines incréées, elle est  comme tissée de lumière divine, dépourvue d’effets d’ombre.

Le corps a retrouvé sa beauté, son harmonie; il est transfiguré, spiritualisé par l’âme de l’être de lumière qui l’habite. La personne est à nouveau unifiée : corps, âme et esprit. Cela s’exprime par des gestes et des attitudes empreints de calme et de dignité.

Le visage est le plus souvent de face, parfois de trois-quarts, le regard dirigé vers le spectateur, pour établir un dialogue de communion avec lui. L’icône est le lieu de la rencontre de trois regards :
– le regard de Dieu-homme, le Christ, ou de la Très Sainte Mère de Dieu, ou de tout saint représenté sur l’icône, qui vient à nous et qui nous reçoit;
– le regard de l’iconographe; souvent, ce sont des moines ou des moniales, qui jeûnent et prient avant de peindre; ils contemplent en eux-mêmes ce qu’ils veulent exprimer;
– le regard de celui qui se place devant l’icône et qui est appelé à être purifié par la rencontre avec le monde divin qui se fait visible.

L’icône ignore l’unité de temps. Plusieurs moments peuvent être représentés simultanément. Un même personnage peut apparaître en plusieurs endroits. Une dimension d’éternité est donnée par le fond d’or qui place le sujet représenté en dehors du temps et de l’espace.

L’espace est en deux dimensions, sans profondeur ni relief. Ce n’est pas le soleil extérieur qui manifeste les formes par un jeu d’ombres portées, mais le soleil intérieur par la gradation de couleurs de plus en plus claires.

La perspective est inversée : au lieu de se trouver derrière le tableau, le point de fuite se trouve chez le spectateur, en qui toutes les lignes convergent. Il en résulte que, paradoxalement, ce sont les personnages représentés qui viennent à la rencontre de celui qui regarde. Apprendre à se laisser regarder par l’icône est une forme de prière.

Anne Marie Velu

 

Les commentaires sont fermés.